Les architectes jugent le plus souvent d'une architecture au travers d'images. Au mieux la jugent-ils en la visitant. Mais l'architecture est bien plus que cela. Non seulement elle est un lieu de vie, mais elle participe du devenir de ceux qui l'habitent. [...] Si l'architecte considère les pleins, ce sont les vides seulement qui intéresssent les habitants. C'est là où l'architecture s'arrête, et s'ouvre le monde [...] De même l'architecte tend-il à considérer dans l'architecture ce qui est fixe, durable [...]. Il tend à oublier le mouvement imprévisible de la vie à laquelle [...] l'architecture est aujourd'hui majoritairement destinée.

~ Stéphane Gruet, 27 février 2014, conférence de Lucien Kroll "L'architecture Habitée", Salle du Sénéchal, Toulouse ~

Contre qui se battent les émeutiers? Contre un ennemi sans visage. Contre ceux qui les nient quotidiennement, les condamnent à l’inexistence sociale et leur réservent un avenir en forme d’impasse. [...] Aucun allié, aucune issue. L’univers symbolique des banlieues donne à lire un partage manichéen: les pauvres, tristes et humiliés, contre les riches, puissants et enviés. [...] S’il est une revendication qui s’affirme haut et clair, c’est bien celle d’une sensibilité à vif: obtenir un minimum de considération, bénéficier d’une reconnaissance, conquérir le respect. Ces deux sentiments forts, la sensation de l’impasse et la conscience du mépris, sont toujours à la racine des fureurs banlieusardes.

~ BACHMANN Christian, LE GUENNEC Nicole, "Violences urbaines", Albin Michel, Paris, 1996 (via Laurent Mucchielli, "Sens-Dessous: Désordre", déc. 2012) ~

Nous vivons aujourd'hui la mort de la rue, la fin du contact avec le sol, avec le trottoir, au profit d'une perception superficielle et lointaine: celle de l'hélicoptère survolant la ville ou de la voiture passant à toute vitesse sur l'autoroute. Nous percevons tout à distance. C'est de cette façon que le pouvoir accomplit son oeuvre de dissuasion afin que chacun reste chez soi."

~ Paul Virilio, in: "Contre l'architecture", Franco La Cecla, 2011, Arléa , p.89 ~

Le flâneur est subversif. Il subvertit la foule, la marchandise et la ville, ainsi que leurs valeurs. Le marcheur des grands espaces, le randonneur avec son sac sur le dos oppose à la civilisation l'éclat d'une rupture, le tranchant d'une négation [...]. L'acte de marcher du flaneur est plus ambigu, sa résistance à la modernité ambivalente. La subversion, ce n'est pas de s'opposer, mais de contourner, détourner, exagérer jusqu'à altérer, accepter jusqu'à dépasser. Le flâneur subvertit la solitude, la vitesse, l'affairisme et la consommation.

~ Frédéric Gros (2009), "Marcher, une philosophie", Carnets Nord ~

La pratique du vélo a toujours précédé de plusieurs années la mise en place de vélos en libre service par les villes. [...] Ces systèmes certes aident au développement du vélo, mais à un coût exorbitant. Ils ressemblent davantage à des coups de pub pour les politiciens, car ce sont des politiques visibles.

~ Frédéric Héran, propos rapportés, source: www.lesinrocks.com/2014/09/23/actualite/velo-en-ville-efforts-restent-faire-11525734 ("Vélib coûterait officiellement 2.500 euros par an par vélo, officieusement plutôt 4.000 euros") ~

Les aménagements cyclables ne servent qu’à maintenir une pratique existante mais ne permettent pas d’en développer de nouvelles. Pour inciter les gens à prendre leur vélo, il faut réguler le trafic automobile.

~ Frédéric Héran, propos rapportés, source: www.lesinrocks.com/2014/09/23/actualite/velo-en-ville-efforts-restent-faire-11525734 ~

Un exemple de lotissement durable: quartier Unterbach à Düsseldorf (photos)

  • Le plan du quartierLe plan du quartier

"Plus insidieux est l'espacement de surcapacité, calculé pour des flux optimum [...] Combien de voies et d'espaces attendent ainsi l'affluence du samedi ou la crue centennale ? Suspendus à ce trop-plein d'espace, ils sont le "Désert des Tartares" de la consommation, où la foule tant espérée brille par son absence les trois quarts du temps."

~ David Mangin (2004) "La ville Franchisée", Ed. de la Villette, p.102 ~

Dans l'Europe d'aujourd'hui, la division idéologique et professionnelle du travail urbain est devenue radicale: les infrastructures aux ingénieurs, les produits, les typologies et les terrains aux promoteurs, les délaissés de voiries aux paysagistes, la façade aux architectes.

~ David Mangin (2004) "La ville Franchisée", Ed. de la Villette, p.67 ~

Déclin et survie des grandes villes américaines (Jane Jacobs)

"Déclin et survie des grandes villes américaines" de Jane Jacobs (texte intégral .pdf). La médiocrité des nouveaux paysages urbains, en Amérique comme en France, sont le reflet d'un déclin sociétal: nous ne savons plus transmettre aux nouvelles générations que des dégradations. Ce récit est celui d'une société qui ne sait plus vivre, qui a oublié comment y parvenir.

Les villes souffrent d’une addiction à la voiture: congestion, bruit, stress, pollution, danger. [...] Partout, la voiture éloigne, allonge les distances, encourage l’étalement urbain. Les habitants partent vivre en proche périphérie, les commerces de proximité ferment au profit des grandes surfaces, les rues du centre se paupérisent. [...] Contrairement à une idée fortement ancrée mais fausse, les piétons et cyclistes sont de bien meilleurs acheteurs que les automobilistes : ils achètent moins, mais beaucoup plus souvent.

~ Olivier Razemon, "L’amende de stationnement enfin fixée à son juste prix?", Le Monde (journal en ligne), 9 juin 2013 [lien: http://transports.blog.lemonde.fr/2013/06/09/lamende-de-stationnement-enfin-fixee-a-son-juste-prix] ~

L'ambiance qui règne dans les rues est donc une composante importante, voire déterminante du choix modal, et en retour ce choix va décider de l'ambiance des rues. L'actif va de pair avec l'actif, le stérilisé avec le motorisé. Et cela joue dans les deux sens, la nature des déplacements influence la nature des frontages, et réciproquement.

~ Nicolas Soulier, "Reconquérir les rues", éd. Ulmer, p.136 ~